E-grocery: petit en part, mais immense en enjeu au Québec
E-grocery: petit en part, mais immense en enjeu au Québec
Le commerce alimentaire au Québec demeure, encore aujourd’hui, largement dominé par les magasins physiques. Pourtant, la bataille pour attirer les consommateurs se déplace progressivement ailleurs : en ligne. Et les signaux les plus révélateurs viennent d’un endroit que les détaillants surveillent de plus en plus près : les recherches Google.
Avant même de mettre un produit dans leur panier, les consommateurs comparent, vérifient les promotions, consultent les circulaires et évaluent les prix. Résultat : l’e-grocery reste marginal en volume, mais devient central dans la décision d’achat.
Un marché de 46 milliards, encore très physique
Selon le bilan bioalimentaire 2024 du MAPAQ, la demande alimentaire au Québec a atteint 68,9 milliards de dollars, en hausse de 5,2 %. Le commerce de détail alimentaire, pour sa part, représente environ 46,0 milliards de dollars.
Il s’agit d’un marché massif, où chaque point de part de marché compte. Mais la dynamique a changé. Après deux années marquées par une forte inflation, la hausse des prix alimentaires s’est limitée à 2,0 % en 2024, selon les données officielles du gouvernement du Québec.
Conséquence : les détaillants ne peuvent plus compter uniquement sur l’inflation pour croître. Ils doivent désormais aller chercher des parts de marché, attirer des clients et augmenter la fréquence d’achat. Et cette compétition commence de plus en plus en ligne.
Les achats commencent sur Google
Les données de Google Trends pour le Québec, sur la période du 1er avril 2023 au 1er avril 2026, montrent clairement un déplacement de l’attention des consommateurs vers l’univers de l’épicerie en ligne.

Dans un ensemble de recherches incluant “Épicerie en ligne”, “maxi en ligne”, “walmart en ligne”, “super c en ligne” et “metro en ligne”, ce sont les requêtes associées à Super C qui affichent les plus fortes hausses.
Parmi les plus dynamiques : “super c en ligne” (+100 %), “super c épicerie en ligne” (+100 %), “épicerie en ligne super c” (+90 %) et “mon épicerie en ligne” (+90 %).
À titre comparatif, les recherches liées à Walmart et Maxi progressent de façon plus modérée (autour de +30 %), tandis que certaines requêtes associées à IGA et Provigo sont en recul sur la même période.
Le jeu de données complet est accessible ici : Google Trends – Québec.
Ces données ne mesurent pas les ventes, mais bien l’intérêt et l’intention. Et c’est précisément ce qui les rend stratégiques : elles révèlent où commence le parcours d’achat.
Plus qu’une question de livraison
Il serait réducteur d’interpréter ces recherches uniquement comme un intérêt pour la livraison à domicile. En pratique, “épicerie en ligne” signifie souvent autre chose : consulter les circulaires, comparer les prix, planifier ses repas ou vérifier la disponibilité des produits.
Dans un contexte où le coût de la vie demeure élevé, les consommateurs québécois deviennent plus stratégiques. Ils magasinent davantage, comparent plus souvent et répartissent leurs achats entre plusieurs enseignes.
Le numérique devient ainsi un outil d’optimisation budgétaire, bien plus qu’un simple canal de transaction.
Une bataille qui se joue avant la caisse
La transformation du commerce alimentaire ne se joue pas uniquement dans les allées des supermarchés. Elle se joue de plus en plus en amont, au moment où le consommateur s’informe et planifie.
Les détaillants se livrent désormais concurrence pour :
- l’attention du consommateur
- la liste d’épicerie
- le choix des promotions
Les circulaires numériques, les applications mobiles et les moteurs de recherche deviennent des points de contact déterminants. Même lorsque l’achat final se fait en magasin, la décision a souvent été prise en ligne.
Un impact bien au-delà de sa taille
L’e-grocery représente encore une part relativement modeste des ventes totales. Mais son influence est disproportionnée.
Pourquoi ? Parce qu’il agit directement sur :
- le choix du magasin
- la composition du panier
- la perception des prix
Dans un marché de plus de 46 milliards de dollars, de simples déplacements dans les habitudes de recherche peuvent se traduire par des gains ou des pertes significatifs pour les détaillants.
Vers un modèle véritablement omnicanal
Le commerce alimentaire québécois ne basculera pas entièrement en ligne à court terme. Il évolue plutôt vers un modèle hybride : recherche en ligne, comparaison, puis achat en magasin, en cueillette ou en livraison selon les besoins.
L’e-grocery n’est peut-être pas encore dominant en volume, mais il est déjà au cœur du parcours client.
Et dans ce nouvel équilibre, une réalité s’impose : ceux qui gagnent la recherche gagnent de plus en plus souvent la vente.
